Les souterrains

Mise en garde
« Les souterrains, chacun les évoque, mais peu les dénichent ». Il n'y a pas de souterrain qui rélie entre eux le châteaux, l'église, à une maison noble des environs, et encore moins au moulin à vent, à l'épicerie ou au bureau de tabac...
Pourtant, cette fausse histoire de souterrains va d'une génération à l'autre, sans étonner, sans réveiller les esprits naïfs. Il faut dire qu'elle fut propagée par des générations d'instituteurs pour qui enseigner l'histoire se bornaient à faire réciter quelques vieilles idées réçues, des contes un peu tiré par les cheveux.

Exemple sous forme de menterie (blague)
"Un jour, à Lugée, Lucien Fraigneau labourait derrière chez Adrien Auvin, quand, tout-à-coup, les deux boeufs disparurent dans un trou géant. Pris de peur, il courrut chercher du secours. Pour sortir tout celà du trou, il fallut piocher et la nécessité de deux paires de boeufs... Revenu de ses émotions, il regagne sa propriété sans dégats matériels. On s'aperçut que ce trou avait des ramifications, l'une partant sur Jouhé, l'autre sur Villeneuve. Tout cela avait été comblé et inexploré. D'après que le Haut-Lugée était un fief du château de Jouhé... Il y a aussi un bois que l'on appelle la garenne de Lugée."

En tout cas, cette "certitude" est restée bien ancrée dans la caboche de leurs petits protégés qui nous la resservent à toutes les sauces chaque jour. A les croire, notre terre serait un véritable gruyère...

C'est vrai qu'il existe dans la région un petit souterrain à Tourteron (Paizay-Naudouin) : il part de la cave du logis et sort sur un flanc de coteau. C'est vrai qu'il existe le même à Taizé-Aizie (16). C'est vrai qu'il existe un souterrain entre l’église d’Aubeterre (Charente) et le château du même lieu, situé immédiatement au-dessus de cette dernière. Mais ce souterrain ne mesure que quelques dizaines de mètres et servait probablement au seigneur à se rendre plus facilement à la messe, en lui évitant un grand détour. Mais c'est quasiment tout !

Alors ?
Nous avons tous entendu parler de fosses, trous, souterrains dans la commune... et dans les communes voisines. Cependant, en la matière, nous sommes supposés ignares.
L'archéologue de Chef-Boutonne, Raymond Proust, est certainement le spécialiste de la question dans la région. Cet érudit les a étudiés sans relâche, des années, sans en négliger aucun. Il n’a pas ménagé sa peine, devant déblayer des quantités conséquentes d’éboulis. Il a toujours constaté que les souterrains (tels que les décrivent les anciens instituteurs) ne sont que légende.

L'auteur de l'article n'est visiblement pas un spécialiste de la question, il a sagement appris la leçon professée par son instititeur. Ce type de souterrain - une carrière sous-terraine que l'on rencontre partout dans le secteur - est décrit plus bas dans cette page.

Un souterrain découvert à Villeneuve le 19 octobre 1985
Ce souterrain fut visité par Marius Gagnère), il est situé à la sortie de Villeneuve à droite sur la route de Lugée. Un petit orifice s'était formé en bordure d'un remplissage ancien, sans doute en raison de la longue sécheresse de cette période qui avait pu desceller l'adhérence d'une pierre. Un agrandissement du trou fut nécessaire pour introduire une échelle dans la cavité.
Le plafond était peut-être à 1,50 mètre de hauteur, le sol était jonché d'une grande quantité de pierres. Cette cavité était probablement une ancienne carrière. D'un côté il y avait un espace assez vaste, peut-être 7 mètres de diamètre. Des murets de consolidation pouvait laisser penser à d'autes salles. Aucun travail archéologique ne fut entrepris.

Note : L'archéologue ne trouve aucun mobilier (outils, monnaie, armes, squelettes, etc.) dans les cavités qu'il fouille. Aucune datation n'est donc possible.

Garde-manger idéal
Même s’il est grand quant à la véracité de l’existence de vrais souterrains dans la commune, le doute n’est cependant pas permis quand il s’agit de fosses ou cavités souterraines. En effet, ne possédant ni réfrigérateurs, ni grottes naturelles, les anciens creusaient souvent afin d’établir de véritables garde-manger, pour eux comme pour leurs animaux. Ils pouvaient ainsi conserver les raves, par exemple, ou tout produit sensible, soit au gel, soit à la chaleur.
Il est arrivé (et il arrivera longtemps) à Pioussay de découvrir de telles cavités. N’allons pas leur supposer des dimensions et des directions invraisemblables. Certaines de ces cavités se sont transformées, à l’instar de nombreux puits, en fosse d’aisance, et ne peuvent faire l’objet de fouilles faciles.

Carrière souterraine
Le sous-sol de la commune est composé, souvent, de couches de calcaire tendre d’excellente qualité (calcaire à chaux entre autres). Ce calcaire faisait souvent l’objet d’une exploitation, non pas à ciel ouvert, mais souterraine, de façon à ne pas réduire le capital foncier.


 
 
Un trou (puits d'accès) était creusé à la verticale, de là la pierre était extraite sur un plan horizontal (zone d'extraction) en maintenant au dessus de la fouille une épaisseur suffisante afin de garantir une certaine solidité et pouvoir continuer la culture. La perte de terrain était minime, juste la surface du trou, un à deux mètres carrés la plus souvent. A la fin de l'exploitation, la partie horizontale était murée (mur), le trou rebouché ou recouvert.
 
 
Voila donc, pour une part l’origine des matériaux ayant servi à la construction de nos maisons.
Plusieurs raisons confortent cette idée. En effet, certaines des maisons construites dans les villages l’ont été en partie en moellons (calcaire) qu’il suffisait de ramasser en se baissant. Cependant, pour qui a essayé de travailler ces moellons, cela n’a pu être qu’une solution de fortune. En effet, leur dureté et parfois leur forte part de silex, font que l’outil se brise sous le choc lorsque l’on veut les tailler. Aussi, étaient-ils réservés aux murs de fondations.
Par ailleurs, l’utilisation des pierres plates récupérées dans les champs était systématiquement évitée, car celles-ci, constituées de calcaire relativement tendre, sont fort gélives. Elles fendent généralement sous un faible choc, et se séparent tel un mille-feuilles. Elles sont aujourd’hui arrachées en grande quantité par les charrues obligeant régulièrement les agriculteurs à les faire broyer.
Enfin, nous ne connaissons que peu de carrières de pierre dans la commune.

Des exceptions pour confirmer la règle


Le cas des souterrains de La Ferté (Villefagnan, 16)
Des cavités de même type existent sur le territoire de la commune de Villefagnan, dans le champ d’un agriculteur compréhensif et intelligent. Ces cavités ont été fouillées, notamment lors de l’été 1992. Elles ne possèdent pas de mobilier et ne peuvent révéler l’impossible. Toutefois, leur aménagement laisse à penser pour certaines qu’elles ont également servi de refuge (on ne sait cependant pas de quelle époque il s’agit).

L'ouvrage de l'ancien régent (instituteur) des Deux-Sèvres (Migaud), relatant les persécutions dont il a fait l’objet lors des Dragonnades, nous éclaire. Pourchassé, il avait dû se réfugier dans un bois situé dans la région de Mauzé sur le Mignon, à l’intérieur duquel se dissimulait l’entrée d’une cavité.
Les protestants se cachaient donc dans des lieux souterrains, curieusement de même nature et même agencement, que ceux découverts à Villefagnan.

Un souterrain découvert à Jouhé en 1967

Ce souterrain se situait non loin du champ (lieudit) La Motte, entre chez Damy et la Jarge à l'est de la route dép. 112. Là, peut-être une motte féodale ? Aucun vestige...

Un croquis du souterrain a été réalisé de mémoire par Jean-Claude Sureau. Mais ce croquis ne correspond pas à la description du journaliste.

AB : largeur, 0,70m ; hauteur, 1m;

S : largeur 5m, longueur 3,5m ; hauteur 1,20m;
C : largeur 0,70m;
D : largeur 0,50m;
E : hauteur, 1m;
F : hauteur, 0,60m; largeur, 0,40m;
G : largeur, 0,80 m;
H : pierre obturant un trou de 1m en plafond.

Distance entre A et H : 35 m environ.
(1) "Ce souterrain était creusé dans la terre rouge et non dans le banc de roche calcaire qui est plus bas" indique Camille Ricard qui ajoute "Ce compte-rendu a été repris sous l'intitulé « Remarques sur les mottes et autres terrassements défensifs dans la région Poitou-Charentes » dans le bulletin de la société des antiquaires de l'Ouest du 2e trimestre 1978, notice n°61, page 450".

Communiqué par Camille Ricard, Chef-Boutonne.

Source : Le Courrier de l'Ouest du 9 août 1967.

« Le maire de Pioussay en labourant découvre un souterrain
A Jouhé dans un champ appartenant à M. Audoyer maire de Pioussay s'ouvre un trou béant d'environ 1 m de diamètre. Ce trou, c'est M. Audoyer qui l'a découvert en labourant, une pierre ayant été soulevée par le soc de la charrue.

Jean-Marie Audoyer, 17 ans, s'est chargé de partir à la découverte, accompagné de quelques amis, muni de bougies et de cordes. Le test de la bougie s'étant révélé encourageant, nos amis encordés, descendirent dans le souterrain et découvrirent plusieurs galeries ; trois paraissaient praticables. La première se révéla sans intérêt et c'est en rampant qu'ils partirent dans les deux autres. Bientôt, pourtant, ils purent se relever et découvrirent une salle de 2 m de large sur 3 m de long Au fond de cette salle, une nouvelle galerie, mais l'ayant quelque peu suivie, ils constatèrent qu'elle remontait à la surface. La même surprise les attendait dans la seconde, mais là, la galerie qui continuait était partiellement comblée, ce qui oblige à ramper pour y circuler. La voûte est faite de grosses pierres jointes (1). M. Audoyer pense qu'il s'agit là de souterrains du château de Jouhé qui s'élève quelques centaines de mètres plus loin. Les anciens disent d'ailleurs qu'effectivement un souterrain passait par là et un autre un peu plus loin. »

Le maire et les anciens s'appuient sur des légendes : "un souterain qui passait par là..." On note que ce souterrain n'a pu servir de carrière de pierre puisque creusé dans l'argile, au dessus de la couche de calcaire. A-t-il un rapport avec le château de Jouhé, ou avec une ancienne forteresse (motte féodale) ? En tout cas, vu ses dimensions, on note qu'il ne servait pas à déambuler...

La motte de Jouhé
Lieu-dit porté sur le cadastre primitif, mais non sur les cadastres suivants, à 300 mètres au Nord-Nord-ouest du château de Jouhé, dans une région surnommée la Plaine de Jouhé, où aucun accident de terrain ne venait justifier le toponyme « motte » jusqu'à ce que, à l'occasion d'un labour, on découvre, au printemps 1967, un souterrain. Il n'a pas été étudié minutieusement, mais le journal le Courrier de l'Ouest du 9 août 1967, dans on édition des Deux-Sèvres, en a donné une bonne description.
Cette cavité était peut-être une dépendance de l'ouvrage disparu ayant valu à ce lieu le nom de « motte ».
Source : Raymond Proust, bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest et des musées de Poitiers, 2e trimestre 1978, 4e série, tome XIV, page 450
 


Bibliographie complémentaire

Raymond Proust

  • Quelques ouvrages sur les souterrains inédits du sud-est des Deux-Sèvres, bulletin de la société historique et scientifique des Deux-Sèvres. Deuxième série. Tome VII. N°2/3-3è trim. 1974.‎‎
  • Raymond Proust : souterrain, Lesterps 16, lieu dit Bourg, BSAHC, N° 3, 1984, séance du 10/10/1984.
  • Raymond Proust : souterrain, La Magdeleine 16, lieu dit Bourg, BSAHC, N° 2, 1984, 2e trimestre.
  • Raymond Proust : souterrain, Ruffec 16, lieu dit Nouziéres, BSAHC, 1984.
  • Raymond Proust : souterrain, Saint Front 16, lieu dit Bourg, BSAHC, N° 3, 1984,
  • séance du 10/10/1984.
  • Raymond Proust : souterrain, Saint-Laurent de Ceris, lieu dit Bourg, BSAHC, N°3, 1984.



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