Le curé oeuvre au rétablissement du culte


Le 21 février 1795, la Convention mit fin à cinq ans d'intolérance religieuse en proclamant la liberté de culte. Désormais, l'Etat autorise l'exercice du culte de son choix mais insiste sur le fait qu'il doit se dérouler sans signes ostentatoires et que l'Etat ne sera pas mis à contribution pour fournir des lieux de prières.

Le concordat veut faire la paix avec l'église
Au lendemain du coup d'état du 18 Brumaire, Bonaparte, Premier Consul, sait que pour se maintenir, il doit régler la crise religieuse qui agite la France depuis dix ans. Le Concordat de 1801 entre Bonaparte et Pie VII, qui a ramené en France la paix religieuse à une époque troublée, a été signé le 26 messidor an IX. La grande majorité des Français a droit à un culte libre et public dans une République à qui elle doit fidélité.  Rome doit renoncer aux biens ecclésiastiques aliénés contre la fonctionnarisation du clergé.
Le concordat du 15 juillet 1801 et les articles organiques, promulgués par la loi du 18 germinal an X (8 avril 1802), ont été abrogés en France par la loi de séparation des Eglises et de l'Etat du 9 décembre 1905.

Un Roi de nouveau sur le trône
"La Restauration n’a pas failli à sa tâche pour le recrutement des curés. Sous la Révolution, la situation est catastrophique. Entre 1790 et 1802, l’ordination fut suspendue, sous l’Empire c’est de l’ordre de 350 à 500, soit 10 ou 15 fois moins que sous l’Ancien Régime.
En 1816, Chateaubriand craint la disparition des curés. La Restauration a permis un redressement sans précédent de la prêtrise, dû en partie à un budget favorable aux curés. 
Les nouvelles recrues sont beaucoup moins cultivées et instruites que celles de l’Ancien Régime
. « Autrefois, le clergé était à la tête de la société par ses lumières. Jamais depuis bien des siècles, le clergé pris en masse, n’avait été aussi si ignorant qu’aujourd’hui, et jamais, ce pendant la vraie science n’a été plus nécessaire."

Le XIXe siècle, en France, est celui du retour du catholicisme, après la déchristianisation massive de la société tout au long du XVIIIe siècle et, surtout, le combat antireligieux de la Révolution française. Cette restauration religieuse accompagne une Restauration politique quant à elle beaucoup moins triomphante.
Le XIXe siècle français est, avant tout, celui de l'instabilité politique, le siècle des révolutions qui ont modifié le statut institutionnel de la religion et les conditions de son influence sociale, modifié les rapport de l'Église et de l'État, causé l'affaiblissement du pouvoir temporel de l'Église catholique.

Le vin paiera la messe
Le 4 juillet 1806 (1er fructidor an 13), on veut bien des services du curé mais la commune ne doit pas payer cette charge.
Le conseil municipal de Pioussay délibère s'il convient de voter une somme de 800 francs pour le desservant de la succursale de Pioussay qui ne possède point de fabrique, et une somme de 150 francs pour frais de culte. Considérant que la succursale de Pioussay est de celles qui ne reçoivent rien de l'état... qu'il n'y a aucun fonds ni venu de fabrique... demande premièrement qu'il soit alloué 800 francs, plus 150 francs car il n'y a aucun revenu communal... Signent les membres du conseil : P. Perrain, S. Fournier, J. Baraillion, L. Fillon, P. D. Ayrault, J. Perrain, J. Robert, J. Couin ; l'adjoint, J. Robineau, le maire J. Demondion.

Un droit d'octroi (1,5 franc par hectolitre) est arrêté par le préfet le 18 juillet 1806. Il doit rapporter 964,10 francs (81 personnes figurent sur la liste des taxés pour des sommes allant de 3 francs pour Françoise Teilloux à 33 francs pour Pierre Lezai). Mais l'histoire en se déroulera pas aussi facilement, voir la page sur les affaires de Pioussais du chapitre sur la commune.

On supprime l'octroi en 1812... L acommune n'a aps de dette et est jugée apte à faire sans ce revenu modeste (28 francs).


Le curé veut reprendre ses droits à Pioussay
Cette série de lettres retranscrites par Patrick Ricard en 2005, sont précieuses pour porter un puissant éclairage sur le rétablissement du culte à Pioussay, après la révolution. Dans une commune dont l'église et le presbytère sont en mauvais état, dont les objets sacrés ont disparus, dont le linge de messe a été donné pour la réussite de la Révolution. Les nobles des environs ont aidé le culte à se rétablir, selon la volonté royale sous Louis XVIII. le curé était logé au château de Saveille, se contentait d'une chambre et de la cour du presbytère (pour faire paître son cheval) lorsqu'il venait servir les offices divins.

 
Lettre du curé de Paizay-Naudouin adressée au maire de Pioussay
Saveille le 7 août 1816
Monsieur,
Mes nouveaux paroissiens paraissent empressés de nos instructions, ils les sollicitent ainsi que la célébration des divins mystères. La foi ne s'est établie dans l'univers que par la parole de Dieu, il faut donc l'entendre dans un lieu décent, il est urgent, par la même, de rétablir les vitraux ouverts sur l'autel ; j'attends cette réparation de jour en jour ainsi qu'un endroit pour héberger mon cheval avec un peu de foin pendant les différents exercices de mon ministère.
Je crois, monsieur le maire, que vous désirez comme moi le rétablissement de la religion et des bonnes moeurs, j'ai pour cela une chose à vous représenter, votre prudence et vos lumières ne s'y refuserons pas sans doute ; déjà plusieurs de messieurs les maires de nos environs ont tenu ce langage à leurs administrés, « nous sommes chargés de la police et du bon ordre dans nos paroisses respectives », en conséquence l'acte de décès d'aucuns de vous ne sera inscrit, que vous n'ayez fait donner la sépulture [...] à vos morts, les païens eux-mêmes observent ces actes religieux à leurs façons. De plus, nous n'afficherons désormais aucun ban de mariage, que la publication se fasse à votre église paroissiale ou dans l'église du curé des parties. M. de Bourdeille (châtelain de Saveille) et M. de Jeansac, maire de Verdille, et d'autres, font observer exactement cette police religieuse et ce bon ordre tendant au rétablissement de la religion et bonnes moeurs. La première fois qu'un particulier de Verdille voulut s'y opposer, M. le maire le fit mettre en prison 24 heures ; depuis ce temps, cet ordre s'est observé, là, ici ou ailleurs, sans la moindre résistance. Vous savez que les honnêtes gens ne se refuseront point à ces actes religieux ; il n'y aurait donc un ignorant, un impie, un incrédule, il n'est pas à craindre [...], m'objectez-vous M. le maire, que ce particulier irait porter plainte devant les tribunaux contre vous ; 1°- il n'y a pas d'exemples, 2°- il ne sera pas assez hardi, 3°- on vous louera sans contredit plutôt que vous blâmer, 4°- les parents de ces sortes d'individus vous auront de la reconnaissance et des obligations sans nombre, surtout leurs enfants, 5°- pendant le temps qu'il ira se consulter ou bavarder, son mariage ou son mort grand ou petit enfant resteront là, il ne sera donc pas téméraire à ce point vous le comprenez mieux que moi. Vous m'avez recommandé de la fermeté, j'en aurai, mais soutenez-moi. Quel est le but que vous vous proposez, me direz-vous, dans tout cet arrangement et dans cette représentation que vous me faites ? un seul, leur salut, le retour aux premiers principes moraux et religieux qui par cet acte de prudence et de rigueur se propageront et se renouvelleront dans les familles insensiblement ; et comment... ? , parce qu'ils viendront me chercher pour donner les derniers sacrements à leurs malades, ce qui est absolument nécessaire pour leur salut, parce qu'ils se disposeront au sacrement de mariage, principalement par la confession et la très sainte […] à l'effet de recevoir la bénédiction nuptiale !Sans cela, je travaillerais en vain. J'ai bien recommandé au sacristain de leur dire jusqu'à ce que je puisse leur parler à l'église, que je n'admettrais, n'y parrains n'y marraines qui n'ayant reçu la bénédiction nuptiale, ayant quitté l'église, il sont inadmissibles aux cérémonies et actes religieux, même à la sépulture ecclésiastique ; il y a environ 6 mois qu'a Theil-Rabier, ma paroisse, un homme y meurt sans avoir voulu recevoir aucun sacrement ; les parents vinrent me chercher pour lui faire plusieurs services funèbres, lui dire beaucoup de basses messes, je refusais le tout et en donnais les raisons à la paroisse assemblée. Pardonnez mon verbiage, veuillez présenter mes compliments à votre respectable épouse en vous priant de les agréer également pour vous monsieur le maire.
Votre très humble et très obligé serviteur, Guy curé de Pezay.
A Monsieur Chabot, maire de Pioussay, présentement à Jouhé.

 
Lettre du curé de Paizay-Naudouin adressée au maire de Pioussay
Saveille le 27 octobre 1816
Monsieur,
Un surplis sans manche, de toile toute unie et médiocrement fine, est absolument nécessaire pour le port des sacrements, confesse, baptême, enterrement et catéchisme ; je vous prie d'y pourvoir au plutôt. Madame votre épouse (à qui je présente mes respects , saura bien en faire emplette convenable, si elle veut bien en prendre la peine. Je pense que 7 ou 8 francs suffiront pour cet objet. Le sacristain a dû vous prévenir de ma part que je renonçais aux revenus des jardins et du champ près de l'église, afin que votre municipalité puisse pourvoir plus aisément aux linges sacerdotaux, aux réparations des portes et couverts de l'église. Je demande une seule chambre pour me mettre à l'abri et la cour pour y faire pâturer mon cheval. Je me repose tout entier sur votre zèle pour le bien public et religieux, je suis avec une respectueuse considération, Monsieur, votre humble et obéissant serviteur.
A monsieur CHABOT maire de Pioussay
Guy, curé de Pezay, et administrateur de Pioussay
 
Lettre du sous-préfet de Melle au maire de Pioussay
Melle le 17 janvier 1817
Monsieur le maire
Une loi du 19 janvier 1816 ordonne que le 2 janvier de chaque année il y aura dans le royaume un deuil général en expiation du crime commis sur la personne sacré et vertueuse de Louis XVI, d'heureuse mémoire, et que ce jour sera férié. Comme le service expiatoire est fondé pour toujours, et que la marche à suivre dans cette solennité a été tracée à Messieurs les curés et desservants dans la circulaire que leur ont adressé à cet effet, Messieurs les grands vicaires le 6 janvier 1816, vous aurez à vous concerter à cet effet avec votre desservant. Au reçu de ma lettre, vous ferez publier que le 21 janvier tous les travaux seront suspendus, que les magasins et boutiques seront fermés comme aux jours des plus grandes solennités. J'ai l'honneur d'être avec une considération, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
Le sous-préfet (signature illisible)

Le maire Chabot fait appliquer la loi
En vertu de la présente, M. le maire de la commune de Pioussay enjoint aux habitants de la ditte commune de s'abstenir du travail, demain vingt et un janvier 1817, sous peine d'être poursuivis en contravention de la ditte loi.
A la mairie de Pioussay, le 20 janvier 1817.
Chabot

Notes
Par une loi portée le 19 janvier 1816, cet anniversaire était déclaré un jour de prière et d'expiation ; pendant quinze ans, la France chrétienne célébra dans l'affliction et le repentir cette date funèbre. Après la révolution de Juillet et les "trois glorieuses", le 21 janvier ne fut observé que par les serviteurs dévoués de l'ancienne monarchie ; en 1833, malgré les efforts de la Chambre des Pairs, la loi du deuil national fut abrogée.

 

Lettre du curé de Paizay-Naudouin adressée au maire de Pioussay
Au château de Saveille le 10 octobre 1817
Monsieur
Les mandats sont des actes émanés du gouvernement qui de leur nature demandent d'être rempli de suite, de manière qu'une longue conservation devient préjudiciable à celui à qui il est adressé. L'exprès que je vous envoie, le prendra de vos mains.
Je ferais avec le plus vif empressement l'emplette urgente et d'absolue nécessité pour l'église de Pioussay, linges, vases sacrés, vitres à refaire, pour cela faites-moi passer les fonds que vous avez de disponibles en ce moment, ou à défaut fixez-moi votre jour pour Chef-Boutonne, à l'effet d'y faire l'achat avec vous chez le marchand et l'ouvrier, je ne manquerais pas alors de vous y rencontrer.
Recevez l'assurance de mes respectueuses attaches que j'ai pour vous, monsieur.
Votre très humble et obéissant serviteur, Guy desservant de Pioussay.
A monsieur Chabot maire de la commune de Pioussay domicilié à Jouhé.
 
Lettre du curé de Paizay-Naudouin adressée au maire de Pioussay
Château de Saveille le 15 juillet 1818
Monsieur le maire,
Je suis nommé depuis quelques temps à l'honorable administration de Pioussay par MM. les supérieurs de Poitiers, par-là même, les fonctions du respectueux curé M. Gorrier ce[.....], voudriez vous en conséquence faire savoir par le tambour, ou notifier par affiche à vos habitants des différentes communes faisant partie de la paroisse qu'ils auront à s'adresser à moi désormais pour toutes fonctions spirituelles et généralement pour tout ce qui peut contribuer selon ma compétence au bon ordre de ma nouvelle paroisse. Vous plairait-il, monsieur le maire de leur dire, ou de leur faire dire, que le jour et la nuit, je suis prêt à leur rendre mes petits services et que j'irai de temps à autre, les dimanches mêmes, célébrer la sainte messe et faire quelques instructions. Sous peu de jours, j'aurai l'honneur de vous voir et de répondre aux réflexions judicieuses que vous voudrez bien me faire pour le bien de la paroisse. En attendant, agréez je vous prie, l'assurance de mes sentiments responsables pour vous.
Monsieur le maire,
Votre très humble et absolu serviteur
Guy, curé de Pezay.
 
Lettre de l'évêque de Poitiers adressée au maire de Pioussay
Le 8 juin 1821
Monsieur le maire
J'ai appris avec une sensible peine par M. Guy, qui à la charité de porter dans votre paroisse les services spirituels, que votre église manque de presque tous les objets nécessaires à l'exercice du culte. Je vous prie d'employer votre influence auprès de vos administrés pour les engager à se procurer l'honnête nécessaire. S'ils si refusaient, il serait à craindre que M. Guy ne se dégoûte de prodiguer les soins à des personnes qui pour une pareille négligence s'en montreraient peu dignes, et dans ce cas, il ne serait peut-être impossible de le remplacer. L'état dépourvu où est votre paroisse serait aussi un obstacle au placement d'un desservant à demeure, quand je serais assez heureux pour pouvoir vous en donner un. J'espère, monsieur le maire, que par vos soins l'église de Pioussay sortira bientôt de l'état de dénuement où elle est ; l'état de votre presbytère doit aussi attirer votre attention. Recevez monsieur le maire, l'assurance des sentiments de considération de votre dévoué serviteur.
J. B. évêque de Poitiers (Jean-Baptiste de Bouillé)

Lettre du curé de Paizay-Naudouin adressée au maire de Pioussay
Pezay le 7 avril 1822
Monsieur,
Vous m'avez fait l'honneur de me dire plusieurs fois, et verbalement, que quand il y aurait des besoins urgents pour la décence du culte divin exercée dans notre église de Pioussay, je pourrais avec confiance m'adresser à vous. Je profite aujourd'hui de votre offre, quoique depuis longtemps j'aurais dû le faire. Nos besoins indispensables sont : une aube, une nappe d'autel, un surplis*, des purificatoires, des lavabos *, deux amicts, un corporal *, que ce détail ne vous effraie point... !, l'aube on pourra la convertir en un surplis, un corporal, deux amicts, la nappe, l'on pourra en extraire des lavabos, des purificatoires. Faites transporter ces deux objets chez votre garde champêtre à Jouhé, sa fille fera, si vous le voulez, convenir tous ces petits linges quand je lui aurais montré la manière. Je vous laisse donc l'achat d'une nappe et d'une aube avec la façon de ces linges, si relatés. Tous les vases en étain, à l'exception d'un calice en étain qui m'appartient, et le petit ciboire* qui est à la paroisse, et qui peut servir en attendant mieux ; est exécrable, c'est-à-dire hors d'usage. Jusqu'à présent, j'avais apporté tout le nécessaire au culte divin, même l'encens. Comme vous n'avez pas les fonds, sans doute, je ne vois point de moyens que d'assembler votre conseil au plutôt et l'inviter à délibéré sur ce sujet. La commune de Brettes, qui m'avoisine, et qui n'a qu'un double service comme à Pioussay, vient de s'imposer au marc le franc de l'imposition individuelle pour fournir à son église, vases sacrés, croix, lampes, encensoir... etc. Un peu de bonne volonté pour la gloire de Dieu, et tout se trouvera aisément. Que les habitants se rappellent les chartées (charretées) de linges , ornements, qu'il ont conduit à Chef-Boutonne dans la révolution. Réveillez votre zèle, je vous prie, sur ces détails, il sera glorieux pour vous pendant votre règne d'avoir fait le bien, je vous présente mes respects.
Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
Guy, desservant de Pioussay.
A Monsieur Chabot, maire de Pioussay, domicilié à Jouhé.

Notes
Surplis : vêtement d'église fait de toile et accompagné de deux ailes pendantes.
Amict : linge bénit qui couvre les épaules d'un prêtre officiant.
Lavabo : linge qui sert au prêtre pour s'essuyer les doigts.
Purificatoires : linges dont se sert le prêtre pour essuyer le calice après la communion.
Corporal : linge sacré sur lequel on pose le calice et l'hostie.
 


Lettre de l'évêque de Poitiers adressée au maire de Pioussay
Poitiers 28 septembre 1829
Monsieur le maire
Dans le compte que m'a rendu M. le curé de Pioussais, de l'état de l'église, je remarque qu'il y manque encore beaucoup de choses essentielles ; je n'en suis pas étonné, quand je réfléchis, que cette paroisse a été longtemps vacante et me rassure sur l'avenir, parce que j'espère pour vous que vous fissiez ce qui dépendra de vous pour mettre votre église dans l'état convenable en y faisant faire les réparations reconnues nécessaires, et en avisant aux moyens de procurer ce que demande la décence du culte divin en vases sacrés, linge, ornements et livres d'église. Votre influence sur vos administrés en obtiendra, j'en suis persuadé, des sacrifices. Si pour le moment une imposition extraordinaire éprouverait des difficultés, je pense qu'une quête en denrées faite par vous et M. le curé, produirait de quoi fournir [....] J'en ai donné le conseil à M. le curé. Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, vous vous prêterez volontiers, j'en suis sûr, à cette bonne oeuvre. Recevez monsieur le maire, l'assurance de la parfaite [...] de votre dévoué serviteur.
M. l'évêque de Poitiers
 


Lettre du sous-préfet Taillefert adressée au maire de Pioussay M. Talonneau
Melle le 7 octobre 1830
Monsieur le maire
Je sais que des prétentions injustes se sont établies dans l'esprit de quelques habitants de votre commune à l'égard de M. le curé. On a eu le projet de le décider à quitter les lieux, en lui donnant des inquiétudes sur sa tranquillité personnelle, enfin on a cherché à indisposer les habitants contre lui en répandant le bruit qu'il avait dénoncé plusieurs particuliers de la commune, ou du voisinage. La connaissance que j'ai acquise de cette disposition des esprits dans Pioussais m'a fait de la peine, et j'ai conçu le projet de les ramener à de meilleurs pensées par votre entremise particulière. Je suis persuadé que vous me seconderez de tous vos efforts pour ramener la paix dans la population qui vous entoure. Il ne vous sera pas difficile, Monsieur le maire, de faire comprendre aux personnes qui sont opposées particulièrement au séjour de M. le curé dans votre commune, que non seulement elles n'ont aucun droit de l'inquiéter, mais qu'elles s'exposent elles-mêmes à une punition corporelle, si elles se permettaient la moindre violence envers lui. Vos devoirs et les miens nous imposent l'obligation d'appliquer la loi contre tous, et en faveur de tous, indistinctement, vous pas plus que moi. Usez de votre influence comme magistrat, et comme ami de notre institution politique, pour expliquer aux esprits inquiets et mécontents que la vraie liberté consiste à n'obéir à aucune de nos petites passions et à faire ce que les lois ne défendent pas. Or, les esprits éclairés sentent bien que la loi, qui défend toute violence, punit celui qui permet d'en commettre. S'il en arrivait dans votre commune, votre devoir serait d'en dresser procès verbal sur-le-champ, de l'envoyer à M. le procureur du roi, et de m'en expédier une copie. M. le curé n'a dénoncé personne, j'en suis sûr, puisqu'il n'y en a aucune trace dans les bureaux de l'administration. Quelques ennemis particuliers auront répandu cette calomnie, qu'une trop grande crédulité aura adoptée. Je compte sur vos bons soins, Monsieur le maire, pour dissiper ces faux bruits, et faire régner le bon ordre dans votre commune, de même que j'ai pleine confiance dans la fermeté que vous mettrez à remplir vos devoirs d'officier public, si quelques circonstances l'exigeait. Agréez, je vous prie, l'assurance des sentiments d'une considération distinguée.
Le sous-préfet Taillefert.

Note :
François-Louis-Marie Taillefert a été sous-préfet de Melle de 1830 à 1845.

Lettre du sous-préfet des Deux-Sèvres à M. le maire de Pioussay
Melle le 1er août 1833
Monsieur le maire,
Je viens de recevoir de M. le curé de votre commune, le détail d'une scène presque violente, qui a eu lieu dans sa maison, au sujet du refus qu'il a fait de prêter son ministère pour enterrer une femme qui n'était mariée que civilement, et qui avait refusé pendant sa maladie les secours spirituels. Les parents de la défunte ont voulu exiger ce qu'elle avait refusé constamment pendant sa vie, et mettant la vivacité à la place du raisonnement, c'est par des menaces qu'ils voulaient contraindre leur curé à contrevenir aux ordres de son supérieur. Il ne m'appartient pas plus qu'à ces parents mécontents de blâmer ou de justifier les ordres donnés par l'évêque, pour les cas de cette nature. Ce qui est du domaine de la conscience et du sentiment est respectable pour tout homme de sens et animé d'une véritable philosophie. Nul n'a le droit d'imposer sa croyance à un autre ; je puis croire que puisque les prières sont favorables aux chrétiens morts en état de grâce, il serait selon les règles d'une charité chrétienne bien raisonnée de les multiplier en faveur de ceux auxquels la grâce a manqué ; mais il ne peut entrer dans ma pensée que je puisse user de violence pour obtenir ces prières, et que j'ai le droit de les exiger d'un prêtre qui a reçu des ordres contraires de son évêque. Je dois me borner à désirer qu'une tolérance, selon mes idées, pénètre dans le conseil ecclésiastique, et que la raison fasse ce que le temps n'a pu obtenir. En attendant, je demande pour autrui la tolérance, que je réclame pour moi. Il est probable que votre présence aura contribué à empêcher les hommes les plus ardents du cortège d'ajouter quelques violence aux exigences qu'ils manifestaient, car votre amour pour l'ordre public et le caractère dont la loi a revêtu pour réprimer tout excès, me donnent l'assurance que vous aurez représenté, avec énergie, aux auteurs de cette scène, que leur exigence n'était nullement fondée, et qu'ils s'exposaient à être jugés correctionnellement en troublant le repos d'un citoyen. Vous vous serez aperçu dans cette circonstance, combien il importe de donner aux populations des idées plus justes que celles qu'elles ont sur la liberté, la tolérance et nos devoirs sociaux. S'il était resté quelque irritation dans l'esprit des parents de la défunte, contre votre pasteur, vous vous empressez, je pense, de la calmer en leur représentant avec mesure et bienveillance que la paix est précieuse pour tous, et que l'oubli d'un mécontentement dénote une âme élevée. Que si personnellement vous aviez un sacrifice de ce genre à faire, la circonstance le rendrait pour vous plus honorable, et plus utile à vos concitoyens. Veuillez remettre de suite à M. le curé les clefs de son église.
Recevez monsieur le maire ( François Tallonneau), l'assurance de ma considération distinguée.
Le sous- préfet Taillefert
PS : Ma lettre était faite à moitié, lorsque la votre d'hier n'est parvenue.

Compléments :
http://www.institut-jacquescartier.fr/2011/05/le-sud-des-deux-sevres%C2%A0-un-pays-de-mission-dans-le-poitou-du-xixe-siecle%C2%A0-iiiiv/
http://www.institut-jacquescartier.fr/tags/secularisation/




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