Ode au châtaignier

 
Les haies et les bois
Les champs sont entourés de haies et donnent à la région un aspect de bocage (c'était en 1954 avant le remembrement). Le châtaignier y domine avec le chêne et le charme au nord de la commune, en etter rouge, au sud, ça et là un grand arbre de plein vent.
On y trouve le bois de chauffage et le bois à clôtures, le châtaignier dit de palisse est d’une qualité très inférieure à celui des taillis.
 
Scierie Rullier à Jouhé en 1926 (lire la page spécifique).
http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/mersri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IA79001036

Les bois sont divisés en nombreuses parcelles. Il y a de nombreux petits taillis séparés par des champs. Les tailles de châtaigniers avec ça et là quelques grands chênes sont très morcelées et exploitées tous les 15 à 25 ans, vendues sur pied ou exploitées par le propriétaire lui-même.
Une scierie à Bois Renard exploite uniquement le chêne et le châtaignier.
Les chênes disséminés dans les taillis donnent un bois de bonne qualité, de couleur claire, ils sont achetés par des marchands de la plaine.
On remarque quelques petits taillis d’acacia de plantation assez récente, le bois très dur et très lourd connait à peu près les mêmes usages que le châtaignier.
Mode d’exploitation : jusqu’à ces dernières années les acheteurs de coupes pouvaient faire a battre les taillis pour les fagots et le bois mort. Depuis trois ou quatre ans la boulangerie utilise de moins en moins de bois et le prix des fagots est descendu trop bas, les acheteurs font abattre leur coupe en payant un prix forfaitaire. On trie les baguettes et on met le feu aux brindilles.

Coupe de bois à Jouhé. le cheval est attelé à un wagonnet chargé de rondins qui roule sur uen voie Decauville. A l'arrière, derrière le mur, on aperçoit le donjon.

Evolution
Avant la disparition du vignoble des Charentes, l’exploitation du châtaignier était toute différente de ce qu’elle est en 1954. Les taillis étaient exploités au bout de 7 ou 8 ans. Le bois était utilisé en piquets, les brins plus petits étaient fendus et mis en cercles ou en claies. Les fendeurs durant presque toute l’année préparaient les meules de cercles qu’ils emportaient vendre jusqu’à Cognac.
La disparition des vignes amena une catastrophe presque aussi grande qu’en Charente. De nombreuses familles durent s’exiler et les bois se vendaient à très bas prix. De nombreuses parcelles ont été arrachées.
La reconstitution du vignoble amena à nouveau un débouché pour les piquets mais le lien de fer empêcha la petite industrie du cercle de reprendre son activité.
Depuis une trentaine d’années le bois de châtaignier est à nouveau très recherché, depuis qu’on l’utilise en parquet. Les acheteurs de bois sont nombreux mais les ventes très rares.

Châtaigneraie à La Place.

Les châtaigniers
Ils donnent à la campagne un aspect bien différent de celui des paysages de plaines avoisinantes. On en rencontre partout, tantôt groupés en châtaigneraies, tantôt isolés dans les haies et le long des chemins.
Les variétés sont peu nombreuses : la Lyonnaise et la Nozillat sont de bonne qualité et se conservent bien. La jaune et la rouge sont plus précoces mais ne se conservent pas l’hiver et sont bien moins bonnes.
 

On montre de moins en moins d’entrain à les récolter, la récolte en est pénible et demande beaucoup de temps, les prix ne sont pas toujours très rémunérateurs.
Autrefois on montait dans les arbres pour les gauler ; c’est un travail très dangereux car une grosse branche peut casser brusquement et tous les ans il y avait des accidents mortels. On rentrait à la ferme les châtaignes dans les bogues et on les triait à la veillée. On attachait beaucoup d’importance à cette récolte, car elle fournissait pour l’hiver une bonne partie de la nourriture de la famille. Depuis la première guerre, de plus en plus on attend bien patiemment que les châtaignes tombent toutes seules. Actuellement il n’y a guère que trois ou quatre vieilles personnes qui montent dans les arbres.
Tout au début de la saison elles se vendent par petits lots 30, 40 et même 50 f le kilo (1954). Dès le début d’octobre, les prix tombent jusqu’à 10 f pour remonter à 30 ou 40 f vers la Toussaint à la foire de Chef-Boutonne.
Tous les ans, de vieux châtaigniers disparaissent et ne sont pas remplacés.
Source : monographie de Lorigné en 1954


"Le châtaignier, témoin de l'évolution du paysage des Terres-Rouges"
Il n'est pas rare, lorsque l'on emprunte les chemins sillonnant la campagne, de découvrir d'anciennes châtaigneraies. Bien souvent, il s'agit de peuplements de châtaigniers situés près des villages, très anthropisés et anciennement pâturés. Les châtaigniers y constituaient de vastes vergers où les arbres, le plus souvent greffés, régulièrement espacés, y ont été visiblement plantés selon un schéma bien précis. Y pénétrer aujourd'hui procure l'impression étrange du temps qui se serait endormi. Depuis des décennies, les châtaigneraies sont pratiquement laissées sans soins, les maladies les ont décimées et d'autres essences d'écologie affine y ont sensiblement renforcé leur présence. L'abandon des pratiques pastorales a rapidement redonné à ces peuplements un caractère sylvicole prédominant.
Bien des châtaigneraies semblent jusqu'ici avoir échappé aux soucis de rentabilisation visant chaque parcelle de terrain potentiellement exploitable. On est d'ailleurs tenté de s'interroger sur le pourquoi de cette situation.
Afin de mieux comprendre certains aspects de la position particulière occupée jadis par la châtaigneraie au sein de l'organisation socio-spatiale d'une communauté villageoise, j'ai choisi de m'intéresser plus particulièrement à celle de La Place (commune de Pioussay). La châtaigneraie de La Place est en même temps la plus importante et la plus belle qu'il m'ait été donné de visiter dans la région.
La Place appartient à la commune de Pioussay. Cette commune s'étend sur 1369 hectares et a compté jusqu'à 1125 habitants en 1841 pour n'en plus compter que 333 lors du dernier recensement de la population de 1990. On y trouve trois châtaigneraies importantes: les châtaigneraies de Jouhé, de La Jarge et de La Place, cette derrière étant la plus grande des trois.
Selon une évaluation, à partir de la carte topographique au 1:25000e, la superficie actuelle totale de la châtaigneraie de La Place est proche des 14 hectares. Le tableau d'assemblage du plan cadastral de la commune de Pioussay nous indique que l'étendue de cette châtaigneraie était deux fois plus importante en 1825 qu'à notre époque. Il est bon de rappeler que la première moitié du XIXe siècle correspond à une période d'explosion démographique et que, comme l'ont mis en évidence de nombreux historiens, le développement des châtaigneraies européennes a souvent eu lieu en relation avec ce facteur. Relevons à cet égard les propos de Vidal de la Blache qui en 1921 écrivait : « Si la châtaigne ne joue plus aujourd'hui dans l'alimentation humaine le même rôle que lorsqu'elle suppléait en hiver l'insuffisance des provisions de céréales, on voit encore à la densité de population, qui correspond à la châtaigneraie, la preuve de l'attraction qu'elle a exercé sur les hommes» Selon certaines théories, on estime que le passage du stade de la pré-châtaigneraie à celui de la châtaigneraie (l'économie vivrière y est exclusivement basée sur la culture de la châtaigne, c'est le cas en Corse par exemple) est souvent lié au dépassement du seuil de la centaine d'habitants au km2. Si l'on considère le cas de la commune de Pioussay, il s'avère que cette limite n'était pas encore atteinte en 1841 puisque avec 1125 habitants pour 1369 hectares, on obtient une concentration démographique de l'ordre de 82 habitants au km2.
A première vue, la châtaigneraie de La Place nous apparaît comme un ensemble marqué par une profonde unité. Cette unité se traduit au niveau du territoire par une délimitation précise de la zone vouée à cette affectation ainsi que par sa désignation sur la carte par la dénomination : "Châtaigneraie de La Placé". On notera à cet égard que sur la carte topographique au 1:25000 de Civray-ouest, la châtaigneraie de La Place est représentée avec la même typologie que celle qui est utilisée pour les bois et forêts plutôt qu'avec celle désignant les vergers ou autres plantations d'arbres. Cet aspect montre bien, une fois encore, le caractère ambigu du châtaignier, tantôt considéré comme essence forestière, tantôt comme culture vivrière. La châtaigneraie de La Place peut être considérée comme une plantation pure, ce qui signifie que le périmètre ainsi défini était destiné à la seule culture du châtaignier. Ce type de châtaigneraie se distingue du principe de complantage châtaignier/céréales que l'on retrouve dans d'autres régions d'Europe (au Portugal notamment).
Le régime de la propriété reflète-t-il également cette unité spatiale que nous venons d'évoquer ?
L'examen des plans du cadastre de Pioussay a tout d'abord révélé un morcellement important de l'ensemble de la châtaigneraie en une multitudes de petites parcelles, souvent de dimension très restreinte. Si on considère les différentes parcelles qui constituent la châtaigneraie, on en dénombre 233, ce qui correspond à une superficie moyenne de 5,53 ares par unité.
Le parcellaire actuel se caractérise par un découpage tantôt régulier tantôt irrégulier. On remarque bien le partage de parcelles en un certain nombre d'imités plus petites et d'égale dimension lors d'héritages, cet aspect a bien entendu joué en faveur d'un morcellement accru du territoire. Cela se traduit particulièrement dans certains secteurs où le parcellaire apparaît sous la forme de lanières très étroites. Cela traduit bien l'importance pour une famille de posséda une parcelle dans la châtaigneraie. Parfois il pouvait arriver que l'un des héritiers ne puisse être propriétaire de sa propre parcelle, il y avait alors la possibilité de conclure un arrangement qui stipulait que le bénéficiaire de cet accord avait droit chaque année à une certaine quantité de châtaignes récoltée sur une parcelle déterminée. La châtaigneraie constituait ainsi une sorte de capital sécurité dont les intérêts, versés sous la forme de châtaignes, devaient pouvoir suppléer à des récoltes trop peu abondantes.
L'examen des microfiches du cadastre a permis de dénombrer 88 propriétaires différents pour l'ensemble des 253 parcelles. Chacun des propriétaires actuels est donc en possession, en moyenne de 2,87 parcelles, soit d'une superficie équivalant à 0,16 hectares.
Si on se réfère à la carte topographique de Civray ouest (1:125000), on constate que les trois châtaigneraies de La Jarge, de Joué et de La Place sont situées dans la proximité immédiate des villages. On peut s'interroger sur les raisons de cette localisation. En fait, en dehors de la récolte des châtaignes, les travaux à prodiguer à une châtaigneraie se résument à un débroussaillement du terrain. Ce travail était en fait assuré par les animaux, surtout des chèvres et des moutons, que l'on y emmenait pâturer. Un lien étroit s'établissait ainsi entre la châtaigneraie et les activités liées à l'élevage. Contrairement aux activités strictement agricoles, les activités en relation avec l'élevage sont généralement regroupées aux abords des habitations. Cet aspect des choses semble ici avoir joué en faveur du choix d'implanter les châtaigneraies en des lieux pioches du village.
Les châtaigneraies qui subsistent encore aujourd'hui sont, pour la plupart d'entre elles, en grande partie abandonnées et il parait inévitable que, si rien n'est entrepris pour les réhabiliter, elles finiront par disparaître totalement, laissant la place à des zones boisées (ou à des cultures, si leur propriétaire entreprend de les convertir en terres arables) n'ayant plus rien en commun avec l'ancienne physionomie d'une châtaigneraie. Cette évolution constituerait sans aucun doute une perte de la spécificité du paysage des Tures-Rouges.
Certaines châtaigneraies, de dimensions plus réduites, ont été entièrement arrachées lors de récents remembrements, il en est ainsi advenu de la belle châtaigneraie qui était sise près du hameau de Péruse (au sud de Vaussais).
Le démantèlement de châtaigneraies de plus grandes dimensions se heurte à plus de difficultés en raison' des nombreux propriétaires concernés. On peut également ajouter que l'attachement des villageois à la châtaigneraie est souvent réel même si celle-ci ne représente plus aucun intérêt économique pour la population.
Extrait de « Le châtaignier, témoin de l'évolution du paysage des Terres-Rouges, Université de Neufchâtel » par Vincent Pierlot, 1992.

Des châtaigniers sont malades

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