L’habitat

Avant 1840, les maisons et bâtiments de la paroisse étaient plutôt de taille modeste. Les moellons qui avaient permis de monter les murs provenaient de carrières souterraines. Que beaucoup ont confondu avec des souterrains. Mais, grâce à Raymond Proust, nous avons pu bénéficier d’études approfondies sur le sujet. Le paysan, qui ne disposait que d’une faible surface à cultiver, pour ne pas encore la réduire, préférait creuser sous son champ - ou sa maison lorsque le sol n’était pas trop argileux - pour en tirer la pierre nécessaire à la construction de sa masure. De temps à autre, il arrive qu’un lourd engin agricole s’enfonce dans une de ces cavités.

L'habitation
« La maison à pièce unique est fréquente1 : maison composée d'une chambre basse. Seules, les bonnes maisons en ont deux et rarement trois. Il n'y a que les logis qui possèdent des chambres hautes.
On peut voir encore quelques-unes de ces vieilles maisons qui aujourd'hui servent de celliers où l'on place les barriques et les récoltes de pommes de terre. Le plus souvent, le sol est de terre battue. On y entre par une porte surbaissée, en descendant un degré. Il faut attendre que les yeux se fassent à l'obscurité, car la lumière ne pénètre que par une étroite lucarne à barreau de fer sans volet, ou à volet unique. Une vaste cheminée, dont le manteau est supporté par trois poutres, occupe le mur de l'ouest, celui qui reçoit les pluies dans notre région (ceci n'est tout de même pas une règle infaillible). Dans le mur du sud, à côté de la porte, se voit un renfoncement : c'est l'évier, le « bac » avec son œil-de-bœuf et ses étagères. Dans le même mur (parce qu'il est le plus sec), souvent placé symétriquement à l'évier : un placard. Enfin, au plafond, quelquefois, une trappe pour placer l'échelle qui permettra de grimper au grenier dans lequel on doit marcher plié en deux si l'on ne veut pas que la tête fasse trop rude connaissance avec les filières et les poutres. Souvent, on accède au grenier du dehors à l'aide d'une échelle grâce à une porte élevée de 2,50 mètres.
Le mobilier de ces maisons était simple : une table massive avec ses deux bancs, une maie pour pétrir le pain qui servait aussi de garde-manger, un ou plusieurs lits à quenouilles, un ou plusieurs coffres pour les vêtements, un tenailler pour conserver le pain que l'on cuisait tous les huit ou quinze jours ; c'était tout. Le tenailler est une claie suspendue près du plafond où on plaçait le pain de la fournée. Le pain entamé se plaçait dans la tirette, grand tiroir s'ouvrant à l'un des bouts de la table.
Chaque maison avait sa cour et souvent son jardin. Presque tous les villages avaient leur four. Les grosses agglomérations en avaient même plusieurs. »

Des creux de maison
A Pioussay, les maisons les plus anciennes étaient basses. A l’étage se nichait un petit grenier qui protégeait les bleds2. Le toit était couvert de tuiles creuses, tuiles canal jaunes ou rouges, fabriquées dans les tuileries de la paroisse pour une petite partie, la région de Chives (17), et Montalembert surtout. Les fenêtres, lorsqu’elles ne pouvaient être garnies de vitres, étaient fermées par des rideaux de toile de coton graissée. L’usage des volets n’était pas systématique, notamment quant aux ouvertures des pièces hautes. A noter que l’on désignait chaque pièce sous le nom de chambre.
Les dimensions de la pièce principale avoisinaient 5,20 mètres pour un côté et 5,60 mètres pour l’autre. Le plafond était bas : sa hauteur ne dépassait guère 2,10 mètres ou 2,20 mètres. Les portes et fenêtres étaient de dimensions modestes : les portes hautes de 1,80 mètre environ ne dépassaient pas 80 centimètres dans le sens de la largeur ; les fenêtres mesuraient 1 mètre de haut pour 70 centimètres de large.
Une cheminée crachait sa fumée à longueur d’année. Haute et large, peu profonde, souvent adossée au mur ouest, son conduit était bien trop court pour offrir un tirage suffisant. Un évier de pierre, dans lequel trônait un seau de bois (ou de cuivre chez les riches) surmonté d’une cassotte3 en bois (cuivre chez les riches), était faiblement éclairé par un œil-de-bœuf (ou œil-de-bac dans les environs de Theil-Rabier en Charente).
Les habitations comptaient souvent une seule pièce (la chambre basse) au sol de terre battue, pavée parfois de calcaire. Peu de meubles : le coffre à hardes, tremplin pour aider à grimper se coucher dans le lit à quenouille, la table « à repaître » et ses bancs, parfois quelques chaises et un bahut surmonté à l’occasion d’un vaisselier qui ornait l’un des murs de cette pièce.
Les pauvres ne pouvaient s’offrir une belle pièce pavée de « cœurs de demoiselle », ces petits pavés assemblés en cercles très décoratifs, que l’on retrouve parfois, bien polis, bien cirés, dans de vieilles maisons. On dit « cœur de demoiselle » car celles-ci auraient un cœur de pierre... Précisons que cette formule n’est prononcée que par les hommes « en mal d’amour ». Car, par ailleurs, ces demoiselles avaient le cœur tendre pour les faibles, les humbles, les malheureux...
Parfois, une chambre haute était meublée de quelques lits à quenouille, de quelques coffres, et servait d’entrepôt pour les matériels d’exploitation de la ferme.
Les meubles, rares, étaient réalisés sur place par un menuisier avec des planches de bois fruitier, mises à sécher depuis longtemps dans l’attente de cette utilisation.

L’étable pour les enfants et les domestiques
Ces habitations n’autorisaient pas le gîte de l’ensemble de la famille. Les enfants allaient dormir dans les étables - pour ceux qui avaient des moutons ou des bœufs - où régnait une chaleur bienvenue. Et les domestiques dans les écuries aux juments, ce qui était pratique pour surveiller la naissance des poulains ou des mulets. Parfois, les parents les rejoignaient lorsque la température baissait trop. Ce fut le cas en particulier au cours de l’hiver 1709, lorsque la seule alternative pour trouver un peu de chaleur consistait à s’enfouir dans le fumier des étables.
Peu de puits, pas de four car le paysan devait se rendre au four banal - le four du seigneur - pour cuire le pain qu’il façonnait lui même avec la farine de son blé. Un blé porté par petites quantités au moulin banal pour en rapporter un maigre pourcentage de farine - au passage, le meunier avait pris son seizième en guise de paiement.

La lumière entre enfin
Le XIXe siècle verra l’ancienne maison se reconstruire, voire de nouvelles érigées pour une population qui atteignait son pic de croissance vers 1840-1850. La maison arbore de plus en plus souvent un toit à quatre pans, et grâce à l’arrivée des chemins de fer, se couvre parfois d’ardoise d’Anjou, ou de tuiles mécaniques de Roumazières (Charente). La maison du sud des Deux-Sèvres adopte le style charentais. La hauteur intérieure sous plancher s’établit à plus de 2,50 mètres. La maison s’éclaire avec de grandes fenêtres protégées par des volets. La porte d’entrée est encore en bois plein, mais au dessus le menuisier installe une imposte vitrée. Cette porte ouvre sur un long couloir terminé par l’escalier qui « monte aux étages », qui dessert de chaque côté la cuisine salle à manger, de l’autre la chambre du maître. A l’étage sont créées des chambres dont les meubles deviennent de plus en plus nombreux, et au dessus un grenier où sèche le grain, où attendent sur des perches suspendues aux poutres, les draps, chemises et torchons préalablement essangés en vue de la prochaine buée ou bughée. Chaque pièce dispose d’une cheminée. Et parfois une grande pendule comtoise vient rythmer le temps au sein de la maisonnée.
Plus de confort, et surtout plus de salubrité, même si l’eau est rare et peu utilisée pour autre chose que la soupe…
Pour affirmer leur réussite sociale, ou encore pour imiter leurs voisins des Charentes, certains propriétaires feront ériger un porche rond à l’entrée de la cour.

1 Note pour servir à l’histoire de la paroisse de Montalembert, à la fin du XVIIIe siècle, par Paul Biget, instituteur à Montalembert, 1937.
2 Nom qui désigne les céréales : froment, orge, avoine, etc.
3 On dit aussi sécotte, coussote, couade…




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